Parole à un inconditionnel des films avec Louis de Funès

Interview

David Herren a 26 ans et est éducateur de la petite enfance à Genève. Au-delà de cela, il voue surtout une véritable passion pour tout ce qui a trait aux années 1960-70 et par extension aux films mettant en scène Louis de Funès.

« Comment avez-vous connu de Funès ? »

« C’est mes parents qui faisaient voir, à mon frère et à moi, les films avec de Funès à la télévision. Ensuite, soit on les enregistrait, soit on les achetait en cassette-vidéo. »

« Quels sont vos cinq films préférés avec Louis de Funès ? »

« Dans le désordre: Le corniaud, Le gendarme se marie, Le tatoué, L’homme-orchestre et Jo. »

« Qu’est-ce qui vous plaît dans les trois premiers films que vous avez cités ? »

« Dans Le tatoué, c’est le fait qu’il y a deux grands acteurs: Jean Gabin et Louis de Funès. Même si de Funès est fourbe et mauvais au début, c’est l’un des seuls films où il devient quelqu’un d’honnête, de gentil et qui apprécie les valeurs et les choses simples de la vie. Ce que j’aime dans Le gendarme se marie, c’est le style du film et la rencontre avec Claude Gensac; c’est un peu enfantin. Finalement, ce que j’aime dans Le corniaud, c’est le duo avec Bourvil et le fait qu’on y parle des vacances d’été; on voit à quoi pouvaient ressembler les vacances à l’époque. »

« Qu’aimez-vous dans les films avec Louis de Funès ? »

« J’aime le personnage de de Funès et ce qu’il représente, à savoir la malhonnêteté et l’excès. Il fait toujours les choses avec excès; c’est ce qui est drôle. Il a toujours un rôle de fourbe, de lâche qui a toujours de l’argent et qui veut le pouvoir malgré tout. J’aurais voulu avoir la voiture qu’il conduit dans Le gendarme se marie: la Renault Floride. De plus, il y a souvent des jolies filles dans ses films, comme Geneviève Grad, qui joue la fille de de Funès dans la saga du Gendarme de Saint-Tropez, et Claude Gensac. »

Publié dans Uncategorized | 1 commentaire

Louis de Funès: un génie comique indémodable

Portrait (seconde partie)

Le maître du rire avait un rêve. Il voulait jouer L’avare, ce qu’il fait en 1980, sous la direction de Jean Girault. Mais surtout, il ne nourrissait qu’une ambition : satisfaire le public, coûte que coûte. « Il n’avait pas d’autre envie que de faire rire », précise Gérard Oury. « Il donnait de l’amour, du rire et de la joie de vivre », affirme Annie Girardot. « Il s’est imposé comme un comique pas vraiment gentil. Il avait [d’ailleurs] la réputation d’être dur », explique Jacques Villeret. Mais « c’était un méchant qu’on aimait détester », ajoute Michaël Youn. Yves Montand disait de de Funès : « Il est gigantesque, une puissance comique extraordinaire. » Mais cet « acteur de génie », comme le qualifie Patrick Préjean, qui excellait dans les rôles colériques et de mauvaise foi, était si bon dans ce qu’il faisait parce qu’il a toujours voulu donner le meilleur de lui-même : « J’ai toujours voulu très très très bien faire ce que je faisais. J’ai voulu toujours faire un travail d’orfèvre, de faire le mieux que je peux », explique Louis de Funès. À tel point qu’il s’impliquait énormément dans les scénarios. Il faisait preuve d’une énergie débordante – ce que son cœur n’a peut-être pas supporté – à l’image de cette scène d’Hibernatus, où il a dit au réalisateur de placer des caméras un peu partout, parce qu’il allait improviser et qu’il ne savait pas du tout vers quoi il allait se lancer, et encore moins ce que cela allait donner. C’est cette improvisation totale qui a été retenue dans le film :

Il allait également jusqu’à faire et refaire la même prise des dizaines de fois jusqu’à trouver l’effet comique parfait. Il disait de lui-même qu’il était « maniaque, mais dans le bon sens ». « C’était plus que de la conscience professionnelle ; c’est un amour du public. C’est ce désir profond de rendre [les spectateurs] heureux », commente Pierre Mondy. Jouer des rôles de méchants hypocrites le motivait : « J’aime bien les rôles de méchants, des gens qui envoient des lettres anonymes […] ces rôles de faux-jetons. […] Et les ronds-de-jambe, j’adore ça. »

De Funès nourrissait néanmoins un regret : celui de ne pas avoir pu jouer du muet. Mais ce regret ne sera que partiel, car la scène mythique de la réparation de la Cadillac, dans Le corniaud, était digne d’une scène de film muet:

Mais cette notoriété n’était pas du goût de de Funès. « Il ne faut pas décevoir ; je dépends de trop de gens », explique-t-il. « La célébrité, je ne l’aime pas. » Louis de Funès était avant tout un homme simple. Il n’était pas du tout à la vie ce qu’il était à la scène. En dehors des planches, il avait trois passions : sa famille, à laquelle il était très attaché, les oiseaux et les fleurs. Alors qu’il avait la « grande gueule » dans les films, il était discret, affable et timide hors caméra. « [Sur scène,] je ne suis pas le même bonhomme. Je m’amuse à faire autre chose ; je prends du plaisir à faire un personnage qui n’est pas moi. Ca m’amuse beaucoup », explique l’acteur.

Cet homme simple, qui avait pour idoles Buster Keaton et Charlie Chaplin, n’a paradoxalement eu qu’une seule véritable récompense de la part du septième art pour son travail acharné et sa capacité à faire rire le monde. En 1980, seize ans après que sa carrière a pris l’ascenseur, il reçoit, des mains de Jerry Lewis, un César d’honneur.

Dès 1976, des suites de deux infarctus qui ont bien failli lui coûter la vie, de Funès doit se calmer. Il songe même à arrêter sa carrière, mais c’est sa femme, Jeanne de Funès, qui le pousse à fouler à nouveau les planches. Les compagnies d’assurance ne veulent plus couvrir de Funès. Un cardiologue et une ambulance seront désormais toujours présents sur les plateaux de tournage où se trouve l’acteur, à commencer par L’aile ou la cuisse, avec Coluche. Ne pouvant plus malmener son corps, de Funès aborde ses rôles de façon plus calme, mais sans perdre de son comique. « Je ne peux plus faire de la brutalité. Cette brutalité, cette colère, est un produit que j’avais fabriqué pour un rôle et tous les metteurs en scène m’ont demandé ce produit […] Désormais, ce comique ne m’intéresse plus », avoue-t-il.

Le dernier film qu’il joue est Le gendarme et les gendarmettes, qui boucle la saga du Gendarme de Saint-Tropez, en 1982. Son prochain rôle devait être celui de Papy dans Papy fait de la résistance, mais son cœur ne tiendra pas le coup. Un jour de janvier 1983, à l’âge de 69 ans, victime d’un troisième infarctus, le génie du cinéma comique français tire sa révérence.

Louis de Funès laisse derrière lui des films indémodables, que petits et grands continuent de regarder à travers le monde. Parmi ces réalisations, c’est La grande vadrouille qui marquera le plus les esprits. Succès du cinéma français, il est le film le plus diffusé à la télévision française. Ces aventures de Bourvil et de Funès ont été vues par 150 millions de Français et occupaient toujours la première place du box-office, devant Astérix et Cléopâtre, au 31 décembre 2004, avec 17 270 304 entrées. Bref, la légende Louis de Funès a encore de belles années devant elle.

Louis de Funès peut sourire. Il a réussi la mission qu'il s'était fixé: faire rire.
Source: http://www.lessignets.com

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Louis de Funès: un génie comique indémodable

Portrait (première partie)

Louis de Funès, de son vrai nom complet Louis Germain David de Funès de Galarza, est l’un des plus grands – si ce n’est le plus grand – acteurs comiques français. D’origine espagnole, il naît le 31 juillet 1914 à Courbevoie, dans le département français des Hauts-de-Seine, et meurt le 27 janvier 1983 à Nantes, en Loire-Atlantique. Il jouera dans 148 films, son premier étant La tentation de Barbizon, en 1945, et son dernier Le gendarme et les gendarmettes, en 1982.

Bien que ce soit le film Pouic Pouic de Jean Girault qui le lance véritablement, en 1963, Louis de Funès sera remarqué dans La traversée de Paris, aux côtés de deux grands génies du cinéma français que sont Bourvil et Jean Gabin. Même s’il ne joue qu’une scène dans ce film, ce sera le tournant de sa carrière.

De Funès se fait remarquer du public, aux côtés des deux grands acteurs de l'époque que sont Bourvil et Jean Gabin. Ce film sera le premier tremplin de sa carrière.
Source: img5.allocine.fr

La consécration aura lieu en 1964, avec les sorties consécutives du Gendarme de Saint-Tropez, de Fantomas et du Corniaud. Le premier épisode de la série Fantomas installe véritablement de Funès au box-office, alors qu’il ne joue théoriquement qu’un rôle secondaire, aux côtés de Jean Marais, lequel joue le rôle principal. Âgé alors de 50 ans, il devient une star grâce à ce premier volet de Fantomas. Son rôle dans Le gendarme de Saint-Tropez, la même année, le hissera au rang de vedette.

Dès lors, il jouera le rôle principal de nombreux films, en compagnie de grands noms du cinéma français, qui l’accompagneront à une, deux ou plusieurs reprises dans ses films. Parmi ses partenaires, on trouve notamment Annie Girardot, qui joue sa femme dans La zizanie, en 1978. Michel Modo, souvent accompagné de Guy Grosso, a joué avec de Funès dans douze réalisations, ce qui lui permet d’affirmer que « [de Funès] n’était pas l’homme de la première prise. Il paufinait. » De Funès a joué aux côtés de Jean Marais, dans la trilogie Fantomas. Il a d’ailleurs volé la vedette à ce dernier, ce qui a créé une tension palpable entre les deux hommes, qui ne s’aimaient pas : « Entre Marais et de Funès, ça ne collait pas des masses », affirme Mylène Demongeot, qui a joué dans Fantomas. Mais Louis de Funès a eu d’autres partenaires, avec lesquels tout collait. Il y a eu Michel Galabru, mais aussi Claude Gensac, qui était, pour ainsi dire, sa femme attitrée au cinéma. L’un des fils de de Funès, Olivier, l’accompagnera dans quelques films. On trouve également Maurice Risch, dans Les grandes vacances et la série du Gendarme de Saint-Tropez, ainsi qu’Yves Montand, à ses côtés dans La folie des grandeurs, et Jean Gabin, dans Le tatoué. Mais s’il fallait associer Louis de Funès à un acteur en particulier, c’est sans conteste Bourvil.

Deux natures différentes qui se complètent très bien, deux amoureux du jardinage: voilà ce que sont de Funès et Bourvil, qui s'entendaient à merveille et nourrissaient l'un pour l'autre une grande admiration.
Source: imalbum.aufeminin.com

Les deux hommes se sont rencontrés sur le tournage de La traversée de Paris, et ils ont été associés dans deux films, qui resteront parmi les plus grandes réalisations du cinéma français : Le corniaud et La grande vadrouille. De Funès dit de Bourvil et de lui-même, sur le tournage du Corniaud : « Nous sommes deux natures tellement différentes ; on se complète très bien. » Une complicité exceptionnelle liait les deux acteurs, qui font partie des duos comiques préférés des Français. À la veille du tournage de La folie des grandeurs, de Funès perd son partenaire ; Bourvil décède et est remplacé par Yves Montand.

La popularité des films où joue de Funès est telle que ces films ont été vus par pas moins de 350 millions de spectateurs. En l’espace de treize réalisations, ce ne sont pas moins de 100 millions de spectateurs qui se sont précipités dans les salles de cinéma françaises. Aujourd’hui encore, huit films avec de Funès figurent parmi les 50 plus grands films français.

Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

Le top-20 des films avec Louis de Funès au box-office français

1. La grande vadrouille, 1966
2. Le corniaud, 1965
3. Le gendarme de Saint-Tropez, 1964
4. Les aventures de Rabbi Jacob, 1973
5. Les grandes vacances, 1967
6. Le gendarme se marie, 1968
7. Le gendarme et les extra-terrestres, 1979
8. Oscar, 1967
9. L’aile ou la cuisse, 1976
10. La folie des grandeurs, 1971
11. La traversée de Paris, 1956
12. Le gendarme en balade, 1970
13. Fantomas, 1964
14. Le gendarme et les gendarmettes, 1982
15. Le grand restaurant, 1966
16. Hibernatus, 1969
17. La soupe aux choux, 1981
18. La zizanie, 1978
19. L’avare, 1980
20. Pouic Pouic, 1963

Source: soirée d’hommage à Louis de Funès diffusée sur M6, le 7 janvier 2005

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Un catholique raciste chez les juifs

Critique journalistique

En 1973 sortent sur les écrans de cinéma français Les aventures de Rabbi Jacob. On retrouve Gérard Oury (La grande vadrouille, Le corniaud) aux commandes de la réalisation. Pour la première fois, Gérard Oury fait appel au compositeur français Vladimir Cosma (Le grand blond avec une chaussure noire, La boum, La chèvre, Les fugitifs) pour la bande sonore.

Produite par Bertrand Javal (La métamorphose des cloportes, Le petit baigneur), cette comédie met en scène différents acteurs, tels que Louis de Funès, Claude Giraud, Renzo Montagnani, Henri Guybet, Marcel Dalio, Gérard Darmon, Jean Herbert, Miou-Miou et Claude Piéplu.

Un industriel parisien se déguise en rabbin new-yorkais

Victor Pivert (Louis de Funès) est un industriel parisien. Riche, catholique et français, il prend instinctivement de haut quiconque ne rencontre pas ces trois critères. Le jour du mariage de sa fille Antoinette (Miou-Miou), il met à la porte son chauffeur, Salomon (Henri Guybet). Se retrouvant seul et sans voiture, sa voiture étant tombée dans un lac, Pivert erre à la recherche d’aide. Au lieu de cela, entrant dans une usine de chewing-gum où il voit de la lumière, il tombe sur une bande d’hommes étrangers menés par Farez (Renzo Montagnini) qui séquestrent un homme, Mohamed Larbi Slimane (Claude Giraud), qui veut renverser le mauvais gouvernement en place dans son pays. Au mauvais endroit, au mauvais moment, Pivert est poursuivi par ces bandits, lesquels veulent sa mort. Il leur échappe de justesse et s’enfuit, pris en otage par Slimane. Voulant à tout prix assister au mariage de sa fille, Pivert tente à plusieurs reprises d’échapper à son ravisseur, mais sans succès. Fuyant la bande de Farez, les deux hommes se retrouvent coincés à Orly. Ils n’ont d’autre chose que de voler les vêtements et les atours de deux rabbins, afin de s’enfuir de l’aéroport. Parallèlement, deux rabbins en provenance de New York sont attendus par une famille française à l’aéroport. Un qui pro quo fait que Pivert et Slimane partent avec cette famille, qui croit avoir affaire à Rabbi Jacob (Marcel Dalio). S’en suit une coure-poursuite entre Slimane et Pivert, Farez et ses hommes, et trois policiers dont le commissaire Andréani (Claude Piéplu).

Pivert, alias Louis de Funès, déguisé en rabbin, est accueilli dans les rues du quartier juif de Paris. Catholique et raciste, il n'est pas très au courant des mœurs juives.
Source: http://www.cinemotions.com

Louis de Funès joue à nouveau le rôle d’un riche désagréable. Mais cette fois-ci, en plus d’être riche et désagréable, Pivert est raciste. Cela a pour conséquence des répliques drôles et célèbres comme « Regardez Salomon : un Suisse et un Allemand. […] On n’est plus en France ici. », « Vous avez vu la mariée ? Elle est noire. Elle n’est même pas café-au-lait ; elle est noire. », ou encore « Comment ? Salomon, vous êtes Juifs ? Salomon est Juif. […] Écoutez, c’est pas grave, je vous garde quand même. »

Une scène mythique: la danse juive

Le scénario de Gérard Oury est bien construit. Hors mis le fait que de Funès échappe miraculeusement aux balles tirées par la bande de Farez, tout est vraisemblable. En plus de cela, le film est rempli d’humour et de scènes mythiques, comme la scène de la danse de Rabbi Jacob, alias Pivert. De Funès danse en effet avec un groupe de Juifs, surprenant Salomon et Slimane, qui savent que ce Rabbi Jacob n’est pas le vrai Rabbi Jacob. Humour aussi lorsque de Funès tombe dans un silo empli de liquide à chewing-gum.

Deux éléments dérangent quelque peu. Premièrement, il y a la scène où la voiture de Farez est réduite en miettes. D’abord, on voit Farez fermer la porte du conducteur. Au plan suivant, cette même porte est ouverte. Au plan d’après, elle est à nouveau fermée. Un autre problème est la fin. Slimane a un faible pour les rousses. Arrivant au mariage de la fille de Pivert, Slimane est pris d’un coup de foudre pour Antoinette, coup de foudre qui est réciproque. Les deux s’envolent en hélicoptère pour se rendre dans le pays duquel Slimane vient de devenir le président. Cette fin est tirée par les cheveux.

Deux duos; une réussite

Malgré ces deux éléments, Les aventures de Rabbi Jacob sont un succès du cinéma français. Les effets comiques, soulignés par le fait que le personnage principal est raciste et se retrouve malgré lui en milieu juif, sont réussis. De plus, le double tandem de Funès/Guibet et de Funès/Giraud est intéressant et touchant. Que ce soit pour passer un bon moment en famille ou entre amis, ou tout simplement pour rigoler un bon coup, ce film est un « must-see ».

Best of Les aventures de Rabbi Jacob:

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« Le grand restaurant »: une cuisine indigeste

Critique journalistique

En 1966, on retrouve Louis de Funès à l’affiche de deux films : Le grand restaurant et La grande vadrouille. Tandis que le second a été réalisé par Gérard Oury (Le corniaud, La carapate), le premier a été réalisé par Jacques Besnard (Le fou du labo 4, La belle affaire) – et cela se voit – pour S.N.E. Gaumont (Paris). Sur une musique de Jean Marion évoluent différents acteurs, comme Louis de Funès, Bernard Blier, Maria Rosa Rodriguez, Venantino Venantini, Olivier de Funès et Paul Préboist.

De Funès dans le rôle d’un grand restaurateur

Produite par Alain Poiré, cette comédie française met en scène Septime (Louis de Funès), un grand restaurateur français. Septime est arrogant les employés qu’il domine, lâche avec ceux qui le dominent et faux-jeton avec ses clients. Malgré cela, sa réputation est établie et la qualité du service reconnue. Donnant des ordres à ses serveurs en faisant des bruits de baisers et les obligeant à suivre des « cours » de service, Septime ne laisse rien au hasard. Néanmoins, un soir, le président Novales se rend chez Septime pour y dîner ; pendant que l’on sert le dessert, il disparaît mystérieusement. On imagine qu’il a été enlevé, mais on ne sait pas par qui. La police est sur le coup, mais quelque chose semble ne pas être normal dans son attitude. Septime collabore avec la police pour retrouver le président Novales ; parallèlement, il fait l’objet de menaces de mort. Septime retrouvera-t-il Novales ?

Une réalisation de bas niveau

Le grand restaurant a été réalisé par un homme qui n’a que peu de réalisations à son actif, et cela se voit. Cette comédie est décevante. Même si de Funès joue merveilleusement bien son rôle, le scénario est plat et on ne peut moins captivant. Je n’ai d’ailleurs pas encore réussi à voir ce film d’un trait sans m’endormir. La première moitié du film se passe dans le restaurant et est plutôt agréable à suivre; en revanche, la seconde, qui se passe à l’extérieur dans une sorte de course-poursuite, frôle l’insupportable. Malgré une bonne première partie, il ne se passe, pour ainsi dire, rien.

Les effets comiques présents dans cette réalisation sont souvent mauvais et lourds. On frise parfois le ridicule. C’est dommage car, avec un acteur tel que de Funès, on peut faire beaucoup mieux, à l’image de La grande vadrouille. Jacques Besnard n’a pas su réaliser un film qui mette en valeur le talent de son acteur principal tout au long du film.

De Funès joue Hitler: une scène mythique

Heureusement, pour sauver l’honneur du film, de Funès est là. Il réalise, dans cette production, une scène qui est restée mythique, à savoir celle où il transmet une recette à un Allemand. Un jeu d’ombres sur le visage de Septime assimile ce dernier à Hitler. Le ton adopté par de Funès – arrogant, menaçant et accentué – pour jouer cette scène reflète parfaitement le cliché du militaire allemand. Une autre scène est également bien jouée par de Funès. Dans le but de s’assurer du bon comportement de ses collaborateurs, Septime se déguise en homosexuel pour passer incognito dans son restaurant. De Funès joue ce rôle à merveille. Pour l’époque, ces deux scènes était osées. L’homosexualité était encore un sujet tabou, et imiter Hitler 22 ans après sa chute était gonflé. En plus de la qualité de l’acteur, c’est cela qui fait de ses deux scènes des scènes remarquables. La scène du « cours appliqué au service », avec une chorégraphie de Colette Brosset, reste l’un des grands moments du cinéma funésien.

De Funès transmet une recette de cuisine sur un ton arrogant à un Allemand qui vient manger dans son restaurant.
Source: i.ytimg.com

D’un point de vue technique, Le grand restaurant est décevant. Lorsque Septime conduit en montagne, on voit, dans la lunette arrière, que la route ne correspond pas du tout aux mouvements du volant. Soit de Funès tourne le volant dans le sens inverse des virages, comme dans une sorte de contre-braquage, soit le volant est trop tourné, soit il ne l’est pas assez, voire pas du tout.

La fin du film n’est pas des plus accrocheuses. Personne n’avait enlevé le président; c’est lui-même qui s’est enlevé, car il avait besoin de vacances.

Bref, si vous aimez les films de de Funès ou si ce n’est pas le cas mais que vous aimeriez les découvrir, ne commencez pas par Le grand restaurant, au risque de n’avoir aucune envie de regarder d’autres films avec de Funès. Ce film est trop long pour ce qu’il contient. Au contraire des deux heures de La folie des grandeurs qui passent comme une lettre à la poste, les deux heures qu’il vous faudra pour suivre Le grand restaurant seront sensiblement plus longues.

Best of Le grand restaurant:

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

« Ruy Blas » de Victor Hugo revisité par Gérard Oury

Critique journalistique

La folie des grandeurs est une comédie française qui sort dans les salles de cinéma françaises en 1971. Réalisé par Gérard Oury (Fantôme avec chauffeur, La vengeance du serpent à plumes) et produit par Alain Poiré, ce film fait appel au génie musical de Michel Polnareff quant à sa bande sonore. Le musicien signe là sa première partition pour un long-métrage. Avec Le corniaud (1965) et La grande vadrouille (1966), le tandem Bourvil/de Funès fait fureur. Gérard Oury décide de le remettre en scène dans une production qui s’appellera Les sombres héros, inspirée du drame romantique de Victor Hugo Ruy Blas. Adaptée une première fois au cinéma par Jean Cocteau, cette œuvre évoque le destin d’un valet amoureux de la reine d’Espagne.

Le décès de Bourvil

Un an avant la sortie du film, le scénario est presque achevé. Malheureusement, Bourvil décède, ce qui prétérite le film, qui entre-temps a été renommé La folie des grandeurs. C’est alors que Gérard Oury, influencé par Simone Signoret, choisit Yves Montand pour remplacer Bourvil. Le film est tourné à Almería, en Espagne, célèbre site de tournage de « westerns-spaghetti » de réalisateurs comme Sergio Leone. Co-production franco-hispano-italo-allemande, respectivement S.N.E. Gaumont (Paris), Coral Films (Madrid), Mars Films (Rome) et Orion Films (Munich), La folie des grandeurs met donc en scène Louis de Funès et Yves Montand, mais aussi, entre autres, Alice Sapritch, Karin Schubert, Alberto de Mendoza, Venantino Venantini et Paul Préboist.

Le ministre des Finances à la Cour d’Espagne, Don Salluste (Louis de Funès), est disgracié par la reine d’Espagne (Karin Schubert) et condamné à vivre dans un couvent. Prêt à tout pour être réhabilité, il utilise son valet, Blas, secrètement amoureux de la reine d’Espagne, pour monter une manigance dans laquelle ce dernier séduirait, sous l’identité de Don Cesar, la reine et finalement se ferait surprendre par le roi d’Espagne (Alberto de Mendoza), qui entre-temps aurait été prévenu de l’adultère par Salluste. L’ex-ministre des Finances pense ainsi récupérer son titre. Mais c’est sans compter une succession de complots, d’abord par les Grands d’Espagne contre le roi puis contre Blas – devenu Don Cesar – et par Blas lui-même qui, comprenant que Salluste se joue de lui, prend Salluste à son propre jeu. Ce n’est pas tout : Doña Juana, « la vieille » (Alice Sapritch), met, sans le savoir, des bâtons dans les roues d’une part de Salluste, d’autre part de Blas, car elle est amoureuse de Don Cesar.

Une fidélité au contexte du XVIIe siècle

Même s’il a réalisé environ 50 pourcent moins d’entrées que La grande vadrouille, ce film est un succès du cinéma comique français. Les décors sont somptueux, rendant avec fidélité le contexte de la royauté espagnole de la fin du XVIIe siècle. Pour l’une des scènes mythiques du film, le striptease d’Alice Sapritch, il a été fait appel à une véritable stripteaseuse pour doubler Doña Juana dans une partie de la scène. Les costumes sont également inspirés de la réalité de l’époque, avec, par exemple, une cuirasse pour Yves Montand d’un poids de 40 kilos. L’esthétisme, que ce soit du point de vue des costumes ou des décors, est l’une des réussites de La folie des grandeurs.

Une autre réussite, bien entendu, est celle des effets comiques. Sorte de satire politique, le film d’Oury regorge de répliques critiques envers le pouvoir, comme « Je suis ministre, je ne sais rien faire » ou « Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres, et les riches, très riches. » Des scènes devenues mythiques parcourent le film, comme la scène du réveil de Salluste au son des pièces d’or que remue Blas (« Monseignor, il est l’or, l’or de se réveiller […] ») ou la scène du perroquet.

Un nouveau duo: de Funès/Montand

Alors que Montand n’est pas un acteur comique, il a parvient tout de même à remplir le contrat humoristique du film. Mais il est certain que cela aurait été une tâche plus ardue si son partenaire n’avait pas été de Funès. Ce dernier joue à merveille, comme à son habitude, le rôle de l’avide et de l’hypocrite. Cette interprétation de Salluste montre à quel point l’homme peut devenir stupide quand l’objet – matériel ou immatériel –, sacré à ses yeux, vient à lui faire défaut.

Louis de Funès dans le rôle de l'avide faux-jeton et Yves Montand qui remplace Bourvil dans le rôle de l'idiot.
Source: files.posterous.com

Mais tout dans ce film n’est pas une réussite. Les paroles de certains acteurs ne correspondent pas aux mouvements de leur bouche. De même, les cris que l’on peut entendre dans la scène de l’arène ont vraisemblablement été enregistrés dans un autre contexte. La fin est tirée par les cheveux, car elle voit la reine d’Espagne embrasser un autre homme que Blas, dans lequel elle voit probablement une ressemblance avec Blas, et partir avec lui, alors qu’elle ne l’a jamais vu.

Malgré ces quelques défauts, ce film bénéficie d’une richesse de décors et de costumes, d’une bonne mise en scène et de jeux d’acteur de qualité. De plus, la musique qui ponctue La folie des grandeurs est véritablement envoûtante. Bref, encore un chef-d’œuvre du cinéma français. Encore un chef-d’œuvre de Gérard Oury.

Best of La folie des grandeurs:

Publié dans Uncategorized | 5 commentaires