Louis de Funès: un génie comique indémodable

Portrait (seconde partie)

Le maître du rire avait un rêve. Il voulait jouer L’avare, ce qu’il fait en 1980, sous la direction de Jean Girault. Mais surtout, il ne nourrissait qu’une ambition : satisfaire le public, coûte que coûte. « Il n’avait pas d’autre envie que de faire rire », précise Gérard Oury. « Il donnait de l’amour, du rire et de la joie de vivre », affirme Annie Girardot. « Il s’est imposé comme un comique pas vraiment gentil. Il avait [d’ailleurs] la réputation d’être dur », explique Jacques Villeret. Mais « c’était un méchant qu’on aimait détester », ajoute Michaël Youn. Yves Montand disait de de Funès : « Il est gigantesque, une puissance comique extraordinaire. » Mais cet « acteur de génie », comme le qualifie Patrick Préjean, qui excellait dans les rôles colériques et de mauvaise foi, était si bon dans ce qu’il faisait parce qu’il a toujours voulu donner le meilleur de lui-même : « J’ai toujours voulu très très très bien faire ce que je faisais. J’ai voulu toujours faire un travail d’orfèvre, de faire le mieux que je peux », explique Louis de Funès. À tel point qu’il s’impliquait énormément dans les scénarios. Il faisait preuve d’une énergie débordante – ce que son cœur n’a peut-être pas supporté – à l’image de cette scène d’Hibernatus, où il a dit au réalisateur de placer des caméras un peu partout, parce qu’il allait improviser et qu’il ne savait pas du tout vers quoi il allait se lancer, et encore moins ce que cela allait donner. C’est cette improvisation totale qui a été retenue dans le film :

Il allait également jusqu’à faire et refaire la même prise des dizaines de fois jusqu’à trouver l’effet comique parfait. Il disait de lui-même qu’il était « maniaque, mais dans le bon sens ». « C’était plus que de la conscience professionnelle ; c’est un amour du public. C’est ce désir profond de rendre [les spectateurs] heureux », commente Pierre Mondy. Jouer des rôles de méchants hypocrites le motivait : « J’aime bien les rôles de méchants, des gens qui envoient des lettres anonymes […] ces rôles de faux-jetons. […] Et les ronds-de-jambe, j’adore ça. »

De Funès nourrissait néanmoins un regret : celui de ne pas avoir pu jouer du muet. Mais ce regret ne sera que partiel, car la scène mythique de la réparation de la Cadillac, dans Le corniaud, était digne d’une scène de film muet:

Mais cette notoriété n’était pas du goût de de Funès. « Il ne faut pas décevoir ; je dépends de trop de gens », explique-t-il. « La célébrité, je ne l’aime pas. » Louis de Funès était avant tout un homme simple. Il n’était pas du tout à la vie ce qu’il était à la scène. En dehors des planches, il avait trois passions : sa famille, à laquelle il était très attaché, les oiseaux et les fleurs. Alors qu’il avait la « grande gueule » dans les films, il était discret, affable et timide hors caméra. « [Sur scène,] je ne suis pas le même bonhomme. Je m’amuse à faire autre chose ; je prends du plaisir à faire un personnage qui n’est pas moi. Ca m’amuse beaucoup », explique l’acteur.

Cet homme simple, qui avait pour idoles Buster Keaton et Charlie Chaplin, n’a paradoxalement eu qu’une seule véritable récompense de la part du septième art pour son travail acharné et sa capacité à faire rire le monde. En 1980, seize ans après que sa carrière a pris l’ascenseur, il reçoit, des mains de Jerry Lewis, un César d’honneur.

Dès 1976, des suites de deux infarctus qui ont bien failli lui coûter la vie, de Funès doit se calmer. Il songe même à arrêter sa carrière, mais c’est sa femme, Jeanne de Funès, qui le pousse à fouler à nouveau les planches. Les compagnies d’assurance ne veulent plus couvrir de Funès. Un cardiologue et une ambulance seront désormais toujours présents sur les plateaux de tournage où se trouve l’acteur, à commencer par L’aile ou la cuisse, avec Coluche. Ne pouvant plus malmener son corps, de Funès aborde ses rôles de façon plus calme, mais sans perdre de son comique. « Je ne peux plus faire de la brutalité. Cette brutalité, cette colère, est un produit que j’avais fabriqué pour un rôle et tous les metteurs en scène m’ont demandé ce produit […] Désormais, ce comique ne m’intéresse plus », avoue-t-il.

Le dernier film qu’il joue est Le gendarme et les gendarmettes, qui boucle la saga du Gendarme de Saint-Tropez, en 1982. Son prochain rôle devait être celui de Papy dans Papy fait de la résistance, mais son cœur ne tiendra pas le coup. Un jour de janvier 1983, à l’âge de 69 ans, victime d’un troisième infarctus, le génie du cinéma comique français tire sa révérence.

Louis de Funès laisse derrière lui des films indémodables, que petits et grands continuent de regarder à travers le monde. Parmi ces réalisations, c’est La grande vadrouille qui marquera le plus les esprits. Succès du cinéma français, il est le film le plus diffusé à la télévision française. Ces aventures de Bourvil et de Funès ont été vues par 150 millions de Français et occupaient toujours la première place du box-office, devant Astérix et Cléopâtre, au 31 décembre 2004, avec 17 270 304 entrées. Bref, la légende Louis de Funès a encore de belles années devant elle.

Louis de Funès peut sourire. Il a réussi la mission qu'il s'était fixé: faire rire.
Source: http://www.lessignets.com

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2 commentaires pour Louis de Funès: un génie comique indémodable

  1. ayohann dit :

    Ses films sont tout simplement mythiques! Juste une question Sèb…tu préfères Louis de Funès ou ABBA?

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